Procès du « Madoff du Maine-et-Loire » : « Guillain a voulu jouer à Gatsby le Magnifique

, Procès du « Madoff du Maine-et-Loire » : « Guillain a voulu jouer à Gatsby le Magnifique

Catherine D., 61 ans, ancienne attachée de presse devenue photographe d’art, est l’une des victimes de Guillain Méjane, surnommé le « Madoff du Maine-et-Loire ». Tous deux handicapés, ils ont lié une solide amitié en traversant le bush tanzanien et en gravissant le Kilimandjaro, en 2007, pour une émission de télé-réalité diffusée sur TF1. Quelques années plus tard, Catherine, qui avait « une confiance absolue en M. Méjane », insiste son avocat, Me Franck Normandin, a vu son épargne partir en fumée à la suite d’un placement que son ami promettait « sans risque ».

Et elle n’est pas la seule : une cinquantaine d’investisseurs, quasiment tous issus de la grande bourgeoisie ou de l’aristocratie de l’Ouest, auraient été escroqués au début des années 2010 pour un montant total de 16 millions d’euros. Guillain Méjane comparaît pour escroquerie et blanchiment de fraude fiscale devant le tribunal correctionnel de Paris, et ce, jusqu’au 25 janvier. Son ancien associé Gaëtan Odart de Rilly d’Oysonville comparaît, lui, pour complicité d’escroquerie.

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Le Point : Comment avez-vous rencontré Guillain Méjane, qui comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le 8 janvier pour escroquerie et blanchiment de fraude fiscale ?

Catherine D. : Je l’ai connu lors du tournage d’un documentaire télé, en 2007, diffusé sur TF1, qui s’est appelé Kilimandjaro, au-delà des limites. Avec neuf autres personnes handicapées, on s’est retrouvés à vivre ensemble pendant trois semaines dans des conditions intenses. Une entente s’est liée entre Guillain et moi, malgré les 20 ans qui nous séparent. On aime beaucoup la littérature tous les deux et les cigares cubains ! Il a 24 ans, c’est l’archétype du jeune homme très bien élevé, élégant, cultivé, plein d’humour. Il est porteur d’un handicap de naissance : une triple amputation des membres. Et il porte des prothèses depuis son plus jeune âge. On sent qu’il a reçu une éducation catho, à la dure.

Comment se comportait-il avec le groupe pendant cette épreuve ?

Il était bon camarade, il ne souhaitait pas prendre la lumière. C’était dur pour lui aussi physiquement, il a dû serrer les dents. Le soir, il était toujours là pour réconforter les autres.

Êtes-vous restés proches après l’émission ?

Oui, on se voyait de temps en temps à Paris dans des lieux branchés, il avait le profil du dandy parisien. Puis nous nous sommes perdus de vue. Je l’ai recroisé en 2013, dans le 14e arrondissement, où il vivait dans un grand studio avec son frère. Il me dit alors qu’il a monté sa boîte avec un ami, qu’il va partir en Asie car la fiscalité y est plus intéressante. Il se présente comme un expert en placements financiers. Je lui dis que j’ai de l’argent disponible (24 000 euros) que je souhaiterais placer en prévision du changement de ma voiture.

À LIRE AUSSI Procès du « Madoff du Maine-et-Loire » : une incroyable escroquerie au sein de la bonne société angevine Il me dit : « Il ne faut pas trop faire confiance aux banques, en plus les taux d’intérêt sont bas… Et puis tu peux sortir à tout moment et récupérer ton argent ! » Je me suis laissé tenter. Au moins, ce n’était pas de l’argent qui dormait, pensais-je… Puis il promettait des rendements à deux chiffres, la brochure de la société NFT Investments semblait sérieuse avec des diagrammes, je recevais des bulletins hebdomadaires par mail qui résumaient l’état de l’économie mondiale et la façon dont notre argent évoluait. Une partie des bénéfices de NFT étaient censés aller à des associations caritatives…

Vous ne vous inquiétiez pas jusqu’au jour où vous avez voulu récupérer votre argent…

Oui, j’ai eu une panne avec ma voiture, le boîtier de vitesses était mort et le devis du garagiste, carabiné. La voiture, je ne peux pas m’en passer, je suis amputée de la jambe droite depuis un accident. J’ai tout de suite appelé Guillain pour lui dire que je devais retirer mon épargne au plus vite. C’était en novembre 2014. Il m’a répondu, en substance, par mail : « Je vais faire le nécessaire, mais on a eu une tuile avec notre agence de Londres… Elle a fait de mauvais placements sur le marché anglais et on a tout perdu, en fait… Tu n’es pas la seule, mais tu fais partie des prioritaires. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te laisser tomber. »

Guillain savait ce que représentait cet argent pour moi.Catherine D.

A-t-il donné suite ?

Non, il ne répondait plus à mes mails. J’ai compris toute seule que je pouvais tirer une croix sur mon argent… Puis j’ai appris qu’il y avait des dizaines de personnes de son entourage proche, comme son témoin de mariage et la grand-mère de ce dernier, qui avaient été escroquées… Alors que, sur Facebook, il affichait un train de vie de jet-setter à Singapour, avec penthouse, hors-bord, voitures de sport et champagne… Guillain a voulu jouer à Gatsby le Magnifique ! Quand j’ai contacté mon avocat, Me Franck Normandin, il m’a expliqué qu’on était très nombreux à porter plainte : on était déjà une quarantaine fin 2014, je suis tombée de l’armoire ! Je ne m’attendais pas à une escroquerie à grande échelle.

Comment avez-vous réagi ?

J’étais très en colère contre lui ! J’ai essayé d’alerter le maximum de personnes sur les réseaux sociaux. Guillain savait ce que représentait cet argent pour moi : ce n’était pas un héritage ni de l’argent gagné au casino, mais une indemnité récupérée auprès de la compagnie d’assurance après mon accident ! Guillain savait que cette longue bataille contre la compagnie d’assurance était très dure et que j’avais besoin de cet argent pour compenser ma perte d’autonomie.

Comment interprétez-vous son acte, avec le recul ?

Je suis intimement convaincue que Guillain avait une revanche à prendre vis-à-vis de sa famille, il a voulu lui montrer qu’il était capable de faire fortune et lui en mettre plein la vue ! Cela relève quand même de la mythomanie, pour moi.

Qu’attendez-vous de ce procès ?

Je n’ai pas beaucoup d’espoir de récupérer mon argent… Il est très malin : en dix ans, il a eu le temps d’organiser son insolvabilité. J’aimerais juste qu’il soutienne nos regards, j’aimerais y voir un peu de honte, une conscience. Je n’en reviens pas qu’il ait pu jouer avec la corde sensible de l’amitié et du handicap qui nous liaient. Je n’en reviens pas de cette espèce d’amoralité, ça fait froid dans le dos.


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