Foncier, finances, acceptation des citoyens : en Indre-et-Loire, l’accueil des gens du voyage reste complexe

Une centaine de caravanes se sont installées pendant dix jours sur l’île d’Or, à Amboise. Faute d’installations prévues dans le Val d’Amboise, les gens du voyage ont dû se poser sur cette aire qui n’en est pas une, la semaine dernière. Des campements sauvages qui surviennent chaque année à la même période en Indre-et-Loire et qui sont plus ou moins acceptés, selon les situations, par les maires et leurs concitoyens. Il faut dire que le sujet est complexe.

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Des aires d’accueil insalubres et isolées

L’une des solutions à ce problème récurrent se trouve dans les infrastructures d’accueil. Aujourd’hui, les aires d’accueil et de grand passage ne sont plus forcément adaptées aux besoins des voyageurs. Notamment en raison de leur insalubrité : selon une enquête réalisée dans quatre départements par la Fnasat-Gens du voyage (association qui fédère les associations qui viennent en aide aux gens du voyage), 38 % des équipements sont situés à proximité de risques et nuisances environnementales et industrielles.

En Indre-et-Loire, selon les données collectées
par William Acker dans son ouvrage « Où sont les “gens du voyage” ? » (Éditions du Commun), aucun des équipements ne se situe sur une zone non isolée ou non polluée (voir photo ci-dessous). « C’est partout le cas, on se demande pourquoi« , constate Jessica, installée sur l’aire de Saint-Pierre-des-Corps, « i**ls ne vont pas nous mettre dans une zone pavillonnaire, ça ne ferait pas « bien » » déplore-t-elle.

Cartographie interactive des sites d'accueil des gens du voyage issue de l'ouvrage de William Acker, « Où sont les “gens du voyage” ? » (Éditions du commun)
Cartographie interactive des sites d’accueil des gens du voyage issue de l’ouvrage de William Acker, « Où sont les “gens du voyage” ? » (Éditions du commun)

« Sous couvert d’un cadre légal, on a de plus en plus de contraintes » analyse Romain Crochet, directeur de Tsigane Habitat 37. « L’emplacement des aires d’accueil n’est pas forcément toujours adapté. Certaines études montrent qu’elles sont souvent situées à proximité de routes, de décharges, de stations d’épuration, etc. Et puis il y a une promiscuité importante, certains voyageurs en ont moins envie aujourd’hui. »

Et quand bien même ces aires seraient un peu plus accueillantes, elles n’évinceraient pas la problématique économique*. « Il y a beaucoup de voyageurs qui sont dans des situations précaires, beaucoup de familles au RSA, poursuit Romain Crochet. Or, lorsque vous êtes sur une aire d’accueil, vous n’avez aucune aide. Certaines familles n’ont tout simplement pas les moyens de s’y installer. Il serait plus facile pour elles d’aller en logement social classique ou en logement social adapté, comme des terrains familiaux locatifs ou habitats adaptés. Des habitats où, grosso modo, vous avez encore la possibilité d’avoir une caravane à côté. Mais malheureusement, en Indre-et-Loire et dans pas mal d’autres territoires de France, l’offre est encore très pauvre. Par manque de volonté politique, entre autres. »

« Avant, vous pouviez stationner dans un coin, vous arranger avec les gens et tout allait bien »

Le schéma départemental d’accueil des gens du voyage
, révisé en 2017 (et qui devrait l’être en 2023), qui fixe les objectifs d’équipements et prévoyait entre autres la construction de terrains familiaux locatifs, n’est aujourd’hui respecté que par trois des onze collectivités concernées. « Les pouvoirs publics sont confrontés à un dilemme, explique Romain Crochet, il faut trouver le foncier nécessaire, les finances et l’acceptation des concitoyens« .

Sur ce dernier point, le directeur de l’association Tsigane Habitat 37 constate une fracture de plus en plus grande : « On a tous un grand-père, une grand-mère qui connaissait tel ou tel patriarche, c’étaient les personnes qui aiguisaient les couteaux, qui vendaient les paniers, qui produisaient des spectacles… Vous pouviez arriver, stationner dans un coin, vous arranger avec les gens et tout se passait bien. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Quel est le phénomène dans ces cas-là ? On a tendance à se rassembler. Au lieu d’avoir des tout petits groupes qui ne dérangeaient personne, on a des gros groupes avec le risque d’avoir un ou deux individus qui vont créer des dégradations. On est dans un certain cercle vicieux dont on a du mal à sortir parce qu’il n’y a pas non plus de reconnaissance du mode de vie des gens du voyage.« 

« Qui ne rêverait pas d’avoir un petit chez-soi ? »

Un mode de vie qui tend à évoluer. Les voyageurs ne veulent plus forcément vivre en groupe, certaines souhaitant même se sédentariser, comme Jessica. « Qui ne rêverait pas d’avoir un petit terrain ? D’avoir un petit chez-soi ? Plutôt que d’être sur les places désignées. Quand il fait très chaud sur le goudron l’été, c’est insupportable, c’est pour ça d’ailleurs qu’on nous voit beaucoup sur les stades de foot, parce que l’herbe c’est plus frais que le béton ! Il y a des gens du voyage comme moi qui veulent se sédentariser, mais il faut leur donner la possibilité d’avoir de l’électricité et de mettre la caravane sur le terrain. Croyez-moi, il y aurait beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de stationnements sauvages. »

La nécessité du dialogue

Afin d’améliorer la situation, la seule solution reste le dialogue selon Olivier Legros, président de l’association Tsigane Habitat à Tours et professeur de géographie à l’Université de Tours, invité de France Bleu Touraine. « C’est d’aller voir les gens, de discuter avec eux, de savoir quels sont leurs besoins et de leur reconnaître un droit à être là, car ce sont des voyageurs de la région […] C’est d’abord un manque de considération. J’ai entendu ce besoin de reconnaissance. »

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